Village de Revel-Belledonne

Manger bio, c’est pas du luxe

dimanche 19 avril 2009

Quand manger de la soupe devient un acte de résistance civique…

Comment faire un compte rendu fidèle de la brillante intervention que Lylian LeGoff, médecin nutritionniste et environnementaliste nous a présenté lors de la soirée « Alimentation et Santé » du mardi 24 mars dernier ?
Car le samedi suivant, sur la place du marché, tous ceux qui avaient participé à la soirée, s’accordaient pour apprécier la clarté de son propos, la logique de sa pensée et l’urgence de faire quelque chose. Mais comment transmettre le contenu de son message ?
Le soir même, en préparant mes poireaux pour la soupe familiale, j’avais trouvé la solution.
Quand nos grand’mères, et nos mères sermonnaient leur progéniture récalcitrante à la soupe du soir par les classiques « ça fait grandir, c’est bon pour la santé », se doutaient-elles que nous pourrions, nous parents du 21ième siècle, argumenter que, en mangeant de la soupe, nous devenons acteurs pour un monde meilleur !
Car aujourd’hui, et à condition qu’elle soit, faite maison, avec des légumes :

  • de saison (pas question de cuisiner un gaspacho en plein hiver !),
  • produits localement,
  • et sans produit chimique,

la soupe devient un choix politique.
En effet, dire qu’il est aberrant écologiquement et gustativement parlant, de manger des fraises en hiver commence à passer dans les mœurs.
Mais qui est prêt à manger des tomates et concombres uniquement en juillet, août et septembre, seuls mois de l’année pendant lesquels on peut les qualifier de légumes de saison ?
Oui mais voilà, en hiver, et au printemps, les concombres et autres cucurbitacées sont cultivés à des milliers de kilomètres de chez nous, dans des serres dévoreuses d’énergie fossile par des travailleurs sous payés et surexploités.
Sans parler du mode de culture, notamment pour les tomates : hors sol donc plus de terre nourricière, à coup d’engrais chimiques et de fongicides puisque les plantes ne trouvent plus dans le sol les éléments qui les aident naturellement à combattre les parasites.
Au final, des légumes avec 40 % de nutriments en moins et l’obligation pour nous pauvres humains d’avoir recours à ces fameux compléments alimentaires dont on nous rabat les oreilles. D’ailleurs, il faut savoir qu’ils sont produits par les mêmes industriels qui fabriquent les engrais.
Donc il est urgent que chacun agisse contre ce système absurde,

  • qui fait croire qu’on y gagne en achetant moins cher des aliments « vides de vie » alors qu’on les paye par ailleurs beaucoup plus chers en mauvaise santé pour soi et pour la planète,
  • qui fait croire que seule l’industrialisation de l’agriculture peut nourrir la planète alors qu’aujourd’hui encore des peuples sont sous alimentés,
  • qui fait croire qu’en utilisant des pesticides de manière « raisonnée » (14 traitements au lieu de 26 sur certains fruits) tout ira pour le mieux.

Juste quelques chiffres (*) qui n’ont pas besoin de commentaire :

  • Fertilité masculine : dans les 50 dernières années, on a assisté à un déclin spermatique de 50%,
  • + 10% d’allergies par an,
  • aujourd’hui 1 enfant sur 7 est asthmatique,
  • 35 à 40 % des cancers sont d’origine alimentaire,
  • 30% des cancers sont liés à des pollutions chimiques.

Mais revenons à notre précieux breuvage.
Si, en plus d’être fait maison, avec des légumes de saison (juste découpés en dés car la mastication favorise une bonne digestion) produits localement (on a vu pourquoi) et sans produits chimiques (cela va sans dire), la soupe est cuisinée avec des légumineuses et agrémentée de petits croutons de pain à peine dorés, alors elle constitue à elle seule un repas complet et hydratant.
Car les lentilles, pois chiches et autres haricots secs, associés aux céréales que sont le blé, le riz, le maïs par exemple représentent une alternative très intéressante en terme de protéines à la consommation de viande.
Mais pourquoi donc faudrait-il manger moins de viande !
Là encore, il est banal désormais d’incriminer ces pauvres vaches et leurs rejets de méthane pour expliquer le réchauffement climatique. Mais c’est bien la demande excessive en viande qui pousse l’économie à produire toujours plus.
Par ailleurs, on sait aujourd’hui que l’augmentation de maladies telles que surpoids, diabète de la maturité, certains cancers, est directement liée à une alimentation trop carnée. Et pendant que le corps médical dénonce de plus en plus clairement ces constats alarmants, la Politique Agricole Commune continue à favoriser la production de viande, en subventionnant principalement les gros céréaliers, producteurs de céréales pour le bétail.
Faut-il pour autant imaginer un avenir sans vaches dans les prés, à Revel ?
Bannir un aliment de son alimentation relève d’un choix personnel, philosophique ou religieux. Cela ne peut en aucun cas constituer une obligation en matière de nutrition.

L’intérêt de consommer moins de viande est multiple :

  • Pour la santé tout d’abord : la viande apporte des protéines certes mais aussi des graisses saturées, nocives pour la santé. Alors que les légumineuses apportent en plus des protéines végétales, pratiquement aucune graisse. Libre à chacun ensuite de rajouter une huile végétale de son choix, qui elle apporte des acides gras insaturés, nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme. Les légumineuses apportent aussi des fibres, qui permettent un bon transit et protègent de maladies comme le cancer et les maladies cardio-vasculaires. Elles apportent également un rapide sentiment de satiété qui permet de réduire la quantité de nourriture absorbée. Par contre les légumineuses ont besoin d’être associées à des céréales pour que les protéines végétales qu’elles contiennent toutes deux, se complètent pour apporter un équivalent qualitatif aux protéines animales. On retrouve cette association, qui n’exclue pas la viande d’ailleurs mais lui donne une place moins importante, dans des plats traditionnels tels que le couscous (blé et pois chiche), le chili (maïs et haricots rouge), le dhal indien (riz et lentille), minestrone (riz et haricots secs), soupe de pois cassés et pain…
  • Pour le porte- monnaie ensuite : 100 g de céréales bio associées à 50 g de légumineuses bio sont nettement moins chères que l’équivalent carné même non bio, à savoir 100g de viande.
  • Pour participer à une meilleure répartition des ressources alimentaires enfin. Les pays pauvres produisent des céréales pour nourrir du bétail pour les pays riches, alors que les agriculteurs de ces pays pourraient cultiver la terre pour se nourrir.

Et oui, il y avait tout ça dans ma soupe l’autre soir.
Il faut reconnaître que Lylian LeGoff y avait rajouté son grain de sel, son savoir faire et son engagement.

Un grand merci à lui et à tous ceux qui ont permis que cette soirée se réalise.

(*) Source « Manger bio c’est pas du luxe » de Lylian LEGOFF

Martine Ritter, Anne Adèle Ranchon

Association Pour une Alimentation de Qualité

Pour vous régaler avec les légumineuses et illustrer les propos de Lilian Legoff, voici quelques recettes proposées à la dégustation, à l’occasion de la semaine du Goût :

  • gâteau aux pois cassés,
  • tartinade aux lentilles corail,
  • houmos,
  • pâté de haricots rouges,
  • soupe de lentilles corail au lait de coco,
  • soupe à l’orge mondé et aux lentilles,
  • soupe de pois cassé au citron.

 

Gâteau aux pois cassés

1 bol de pois cassés
½ bol de quinoa
¼ bol de boulgour
Faire cuire les 2 premiers ingrédients ensemble dans le bouillon de légumes, en respectant les temps de cuisson de chacun.
Rajouter le boulgour en fin de cuisson pour absorber l’excès d’eau.
Rajouter :
5 œufs
50 cl de crème fraîche épaisse
Du comté râpé
Sel, poivre, gingembre
Mélanger tous les ingrédients, ajouter éventuellement un peu de lait si la préparation est trop épaisse.
Mettre à cuire ½ h au four à 200°

Tartinade aux lentilles corail

1verre de lentilles corail
2 verres d’eau
1 carotte
Un peu d’huile d’olive
Sel, poivre, cumin
Verser les lentilles corail dans l’eau froide, ainsi que la carotte coupée en fines rondelles pour qu’elle cuise aussi vite que les lentilles.
Quand c’est cuit, passer au mixer, ajouter les épices ainsi que l’huile d’olive, selon le goût.

Houmous

Pois chiche (à cuire ou en boîte)
Crème fraîche
Citron
Ail (1 gousse), persil, sel, poivre
Huile d’olive
Faire cuire les pois chiche, en les faisant tremper la veille, on réduit le temps de cuisson. Si on rajoute du bicarbonate dans l’eau de cuisson, ils deviennent vraiment fondants et très digestes.
Ajouter les autres ingrédients et mixer le tout pour réduire en purée

Pâté d’azukis (petits haricots rouges)

Azukis (environ 1 bol)
1 échalote
Sauge pour la cuisson
Ail
Sel, poivre
Faire tremper les azukis la veille.
Les faire cuire avec la sauge.
Passer au mixer et rajouter les autres ingrédients (½ c. à c. cumin, ½ c. à c. curry ), huile d’olive, échalote, ail.
Facultatif (ciboulette, persil, cerfeuil, coriandre... au choix)

Soupe de lentilles corail au lait de coco

180 g lentilles corail
30 cl lait de coco
70 cl eau
3 tomates
1 gros oignon
2 gousses d’ail
1 càc curcuma, coriandre en poudre, graines de cumin
4 capsules de cardamome
Sel poivre
Laver, monder et couper grossièrement les tomates. Hacher l’oignon et piler l’ail. Verser l’eau dans une casserole. Y ajouter tous les légumes et les épices, puis porter à ébullition. Laisser mijoter 15 à 20 mn à feu doux et à couvert. En fin de cuisson, retirer la cannelle et la cardamome, puis mixer.
Saler, poivrer et ajouter 25 cl de lait de coco.
Au moment de servir, décorer avec le reste de lait de coco et les graines de cumin.
On peut également parsemer de quelques feuilles de coriandre fraîches ciselées, si c’est la saison.

Soupe à l’orge mondé et aux lentilles

120 g d’orge mondé
120 g lentilles vertes1 l bouillon de légumes
1 càs de tamari
Thym, sarriette, marjolaine
Persil
Poivre
Faire tremper l’orge la veille.
Egoutter l’orge et le sécher. Le faire griller à sec, sans le faire brûler.
Mouiller avec le bouillon, ajouter les herbes aromatiques, le tamari et le poivre. Ne pas saler, le tamari suffit.
Porter à ébullition, puis réduire le feu. Ajouter alors les lentilles, couvrir et laisser cuire encore 30 mn.
Rectifier l’assaisonnement si nécessaire et servir en parsemant de persil haché.
On peut faire cuire en même temps des légumes coupés en petits dés.

Soupe de pois cassés au citron

300 g pois cassés
1 branche de céleri
1 l de bouillon de légumes (ou d’eau)
1 citron
1càc de cumin
2 càs de persil haché
Poivre, sel, croûtons
Mettre à cuire les pois cassés et le céleri coupé en petits morceaux dans le bouillon ou l’eau, jusqu’à ce que les pois soient tendres et presque en purée (environ ½ heure)
Ajouter le sel, le poivre, le jus de citron et le cumin.
Laisser mijoter quelques minutes et mixer. Ajouter au besoin un peu d’eau.
Servir avec du persil haché et des croûtons.


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