vendredi 2 octobre 2009
Synthèse pour vous expliquer ce que je fais ici
En 1970, après vingt ans de campagne électorale et une coalition des forces de gauche au sein de « l’Unité Populaire », est élu le « magnifique Salvador Allende », socialiste mais pas communiste ; il croit fermement en la possibilité d’une révolution sociale par la démocratie. Il nationalise les entreprises (dont l mines de cuivre), donne plus de pouvoir aux travailleurs et amène à son apogée la réforme agraire initiée par le gouvernement précédent d’Eduardo Frei Montalva.
À travers ses réformes, il cherche à démocratiser le pays de façon révolutionnaire mais avec l’appui des urnes, en prenant le pouvoir des quelques grosses familles contrôlant le pays et en le répartissant aux travailleurs.
Selon la version européenne et proAllende, les anciens propriétaires et patrons n’avaient pas la notion du partage et ont organisé d’immenses grèves pour destituer le président. En effet, les grèves ont paralysé le pays en entier. Plus de farine, plus de pain, plus d’essence.
Selon la version pro-Pinochet, les travailleurs étaient fainéants et idiots, leur bêtise additionnée à plus de pouvoir et d’initiatives auraient bloqué l’économie. En clair, le pays était au bord du gouffre, la situation économique catastrophique et cela par la faute d’Allende, qui aurait voulu imposer un gouvernement à la Cuba.
Bref, en 1973, les Américains, en pleine guerre froide et morts de trouille qu’un pays puisse réussir une reconversion sociale sans passer par la violence sur « leur » continent, aident Pinochet, chef des Armées chiliennes à préparer un coup d’Etat destituant Allende. Les putschistes sont appuyés par toute la force armée, le seul général soutenant Allende ayant été assassiné. Le pays est donc sous le choc et ne résiste pas. Salvador Allende plutôt que de sauver sa vie, préfère mourir en martyr. Il se suicide dans le palais bombardé de La Moneda. Juste pour noter le sadisme des militaires, il faut ajouter que ceux-ci ont également bombardé la résidence présidentielle sachant que le président ne s’y trouvait pas, mais sa femme si. Ils ont également coupé les doigts du grand chanteur compositeur Victor Jara, avant de l’assassiner dans un stade remplis de 6000 sympathisants d’Allende, celui-ci étant trop proche de l’Unité populaire.
Résultat, 17 ans de dictature militaire, avec meurtres, assassinats, tortures et disparitions. Certains diront que certes la forme était condamnable, mais qu’au final, le pays en est ressorti plus fort et développé, avec un bilan positif… D’autres mettent plus en avant les droits de l’homme bafoués. En gros chacun manipule l’histoire pour penser tranquillement ce qu’il veut.
Le début de l’économie néo-libérale
En même temps se met au point une « modernisation » de l’économie avec l’entrée dans l’économie néo-libérale. Certains parlent du Chili comme du « laboratoire du capitalisme », l’économie de marché s’étant développée d’une manière assez sauvage, faisant de la propriété privée la valeur primordiale, au point où chaque cours d’eau, chaque nappe ait un propriétaire. Il est de noter que cela s’est déroulé avant l’ère de Thatcher et de Reagan des années 1980.
Retour à la démocratie
En 1990 la dictature se termine à l’aide d’un plébiscite défavorable en faveur d’Augusto Pinochet. La population veut un retour à la démocratie et les militaires ne soutiennent plus le chef d’état. La plupart des militaires assassins sont amnistiés et Pinochet meurt avant d’avoir pu être jugé. Tout cela produit évidemment un grand nombre de frustrés, mais au regard de la scène internationale la démocratie est de retour, avec en plus une coalition de gauche, l’honneur est donc sauve… Ce qu’on ignore souvent en Europe, c’est qu’une partie importante du pays continue de soutenir la politique de Pinochet, et souhaite un président capable de la même rigueur. Beaucoup sont nostalgiques de la dictature.
Depuis les gouvernements de la « concertation » (coalition de gauche) se sont succédés. L’actuelle présidente est Micelle Bachelet, fille d’un opposant à Pinochet, exilée et torturée. Certains la trouvent dure à cuir, d’autres avec une bonne volonté et de bonnes propositions mais sans possibilités de changer grand-chose face aux propriétaires de ce pays.
Les prochaines élections sont en automne 2009 font couler beaucoup d’encre. (À noter qu’un président ne peut pas effectuer deux mandats consécutifs.) Pareil qu’en 2007 en France, un troisième candidat créé des remous à côté du couple droite/gauche prévu pour le deuxième tour.
Eduardo Frei, ancien président et candidat de la concertation (son père fut aussi président avant Allende), est opposé à Sebastian Pinera, candidat rassembleur de la droite et aussi l’un des hommes les plus riches du pays, possédant à 30% la compagnie aérienne Lan et une bonne autre partie du pays.
Là-dessus il y a deux remarques à faire. En premier il est de remarquer que le pouvoir économique et politique est partagé entre quelques familles puissantes du Chili, et les liens sont très étroits. Exemple du candidat Pinera, mais aussi d’anciens présidents et hommes politiques qui se retrouvent à la tête des groupes économiques les plus puissants. Voir même la présidente Bachelet qui appartient à une famille très puissante au Chili et le candidat Frei, déjà président et fils de président. Tout cela explique certainement la deuxième remarque d’un certain agacement des Chiliens vis-à-vis des gouvernements de la Concertacion. Beaucoup sont fatigués de voir les mêmes personnes au pouvoir depuis vingt ans ; un renouveau et une alternance serait les bienvenues.
Face à cette situation, le jeune et fringant Marco Enríquez Ominami, 36 ans, licencié en philosophie, ancien cinéaste et député au parti socialiste,se présente comme le troisième homme pour les prochaines élections présidentielles. Faisant autrefois partie de la Concertacion, il s’en est détaché et pose les questions qui dérangent. Attirant en particulier les jeunes il pourrait être l’alternative à la Concertacion sans passer par la droite.
Forêt et économie (on se rapproche du sujet)
Durant la dictature a commencé l’exploitation forestière intensive, qui s’est d’ailleurs accrue sous la démocratie. Ici le problème s’inverse en termes de déforestation. On ne déforeste pas pour cultiver et produire des agrocarburants mais on achète des terrains pour planter des monocultures de Pin ou d’Eucaliptus. Certaines zones ont déjà subi sept cycles de plantations/déforestations. La terre est ravagée, privée peu à peu de ses richesses. Les mapuche disent qu’elle se meure peu à peu et n’ont pas tord si l’on regarde les photos… Cette exploitation résulte en fait que la nature n’est pas perçue comme un lieu où vivre sinon comme un moyen de faire de l’argent. Vision difficilement compatible avec celle des Mapuche. (Mapuche ne prend pas de « s » au pluriel).
Histoire des Mapuche
Dans un autre domaine, les peuples Mapuche font partie de ces rares peuples (peut-être le seul) ayant survécus à l’invasion espagnole. Mapuche et Espagnols, au terme d’une guerre de cent ans entre 1541 et 1641 approximativement, signent des traités de paix grâce à la constitution de Parlements. Il y est conclu une limite de territoire, le Sud du Bio-Bio (fleuve traversant le Chili en largeur) appartenant aux Mapuche, le nord aux Espagnols. L’économie des Mapuche prospère et des relations commerciales se développent progressivement entre colons et Mapuche. Environ 140 plus tard, après la guerre du Pacifique qui opposa le Chili à la Bolivie et au Pérou, et la constitution de l’état, l’armée chilienne envahit la zone sud du Bio-Bio, massacrant les Mapuches et leur volant 95% de leurs terres. Cette période est appelée en histoire « Pacification de l’Araucanie ».
Des colons italiens, allemands, français et suisses entre autres viennent alors s’installer dans cette région où l’état offre les terres à qui veux bien la travailler ou l’acheter pour une bouchée de pain.
Le peuple Mapuche. « Mapu » signifie « terre ». « Che » signifie « gens ». Les Mapuche (qui s’écrivent sans « s » au pluriel), sont donc les gens de la terre. Pour eux la terre est tout, elle ne leur appartient pas mais eux lui appartiennent.
Par conséquent leurs activités restent essentiellement centrées autour de la terre, et de la nature. Autour de leur maison, sont cultivées champs de pommes de terres, de blé, potagers... On voit également des poules, des oies et des cochons en liberté tout autour, ainsi que des vaches et moutons. Les Mapuches sont organisés en sorte de communautés, ou Lof. La cellule centrale de cette société reste la famille. Chaque lof élit son chef, président ou longko mapugundun. La machi est une figure très importante au sein de la communauté, sorte de chamane, celle elle qui soigne et constitue le guide spirituel. Elle intervient notamment lors des « machitun », cérémonies pour soigner les malades et lors des « nguillatun » autre cérémonie spirituelle. Le werkün est le représentant du lof faisant le lien avec les autres communautés et aujourd’hui avec le reste de la société chilienne notamment. Les mapuche vivaient autrefois dans des rukas et parlaient le mapudungun. Aujourd’hui le mapugundun est très peu pratiqué, mais les nouvelles générations recommencent à l’apprendre par le biais des grands-parents, non de l’école. Quant aux habitations, les Mapuche vivent le plus souvent dans des maisons similaires aux autres Chiliens. Les Mapuche vivent soit dans des « campos » ; c’est-à-dire à la campagne dans des sortes de villages où les maisons sont espacées ; soit, faute de terres ou voulant s’intégrer plus dans la société chilienne, ils vivent en ville. Ils perdent alors généralement leurs traditions et culture et n’ont de Mapuche que le nom et le sentiment d’appartenance (pour ceux qui ne le renient pas).
L’exploitation forestière nécessite des terres où couper, replanter et recouper les arbres, en vue d’exporter. L’Araucanie, la 9e région où je suis, dans la vallée centrale, est l’une des plus exploitée. Partout on voit des coupes blanches (il ne reste rien) au milieu de plantations d’eucalyptus et de pins. Ces forêts-ci posent problèmes de différents points de vue :
Ecologie
1. Une forêt composée uniquement d’une espèce d’arbres alignés ne semble pas être bénéfique à la faune, la flore et la terre. Il faut ajouter aussi les traitements de plaguicides, d’insecticides sur les plantations qui, après observation, tue la terre et la rend infertile. De plus l’eucalyptus est réputé pour acidifier les sols, et grâce à ses grandes racines, il pompe les nappes phréatiques et l’eau des sols.
2. Les Mapuche ont une vision différente de la propriété et de la terre. Pour eux la terre est tout. Elle ne leur appartient pas, mais l’homme lui appartient. Un titre de propriété n’a pas réellement de signification pour eux.
Lors de la « Pacification de l’Araucanie », 95% des terres habitées par les Mapuches ont été données aux colons et chiliens. Avec l’expansion de l’activité forestière, celles-ci ont été vendues aux entreprises afin de les exploiter. Ils s’établit également des contrats entre des propriétaires terriens et entreprises pour que celles-ci exploitent les terres et leur reversent une partie des bénéfices. Les Mapuche, par ignorance ou nécessité économique en ont également vendu. (Aujourd’hui la loi indigène de 1993 interdit toute vente de terre venant d’un Mapuche.) Le problème résultant aujourd’hui est que les communautés Mapuche et même d’autres Chiliens vivant dans les « campos » de l’Araucanie se retrouvent entourées de toutes part par les plantations forestières, celles-ci pouvant arriver au seuil de leur potager, de leur basse-cour, de leur champs ou même de leur maisons. Selon les habitants et associations, ces dispositions affectent leur santé, leur mode de vie et la pratique de leur culture. Pour illustrer ceci, on peut citer par exemple le problème de l’eucalyptus. Ses racines pouvant descendre jusqu’à vingt mètres sous terres, elles pompent l’eau des nappes phréatiques. Les puits ne suffisent alors plus, les Mapuche quittent leur camp pour la ville, les ressources naturelles ne leur permettant plus de répondre à leurs besoins primaires. C’est ce qu’il s’est passé dans un camps près de mon village, Keuke Alto (le haut Keuke), il y quelques années, toutes les familles ont immigré en "ville ».
Economie et social
3. Du point de vue économique et social, l’exploitation forestière pose surtout problème du fait que les ventes de bois intensives profitent avant tout aux Européens et aux grosses entreprises. Les locaux visiblement ne jouissent pas autant qu’ils le souhaiteraient des rentes. Ce problème illustre certainement la "maladie" du Chili, à savoir que le pays est considéré comme la "Suisse d’Amérique du Sud", par son haut PIB, mais dans la réalité les inégalités sont énormes et beaucoup de Chiliens ont des difficultés pour se nourrir, se vêtir et se chauffer. De plus aux Chili les entreprises sont faiblement imposées et le sont dans les communautés où se trouvent leur siège social, c’est-à-dire Santiago la capitale la plupart du temps.