Village de Revel-Belledonne

Voyage solidaire à Madagascar

mardi 7 octobre 2008

 Depuis septembre 2007 je me suis investie dans l’AHESG (association humanitaire des étudiants en santé de Grenoble) et plus particulièrement au sein du projet Madagascar. La première partie de l’année a été consacrée à organiser différentes manifestations pour récolter des fonds pour financer notre projet, la seconde moitié a été destinée à continuer d’organiser des actions à visée caritatives et réflechir sur les modifications et améliorations que nous pourrions apporter au projet. Notre groupe comportait une quinzaine d’étudiants en médecine, et nous sommes partis à cinq, quatre étudiantes en deuxieme année de médecine et une étudiante en premiere année de sage femme.
 Au fur et à mesure que le départ approche, les exam approchent aussi je dois avouer qu’à ce moment là j’avais plus la tête dans les préparatifs du voyage que dans l’endocrinologie ! Les 23 et 24 juin ont été consacrés aux examens et aux préparatifs de nos sacs personnels mais aussi des sacs de matériel médical apportés. En effet il a fallu peser et inventorier tout le matériel afin d’avoir une liste détaillée de nos sacs pour ne pas avoir de soucis à la douane. Après une petite nuit, nous sommes partis de la gare de Grenoble avec le TGV de 10h05avec chacune 3 sacs et 30 kg ! A 18h25on décolle enfin de Orly.
 
Vue d’Antanarivo
 
 Lors de la descente sur Tananarive le soleil se lève sur la gauche de l’appareil, la droite est encore dans l’obscurité c’est magnifique !! Le temps de passer la douane et de récupérer nos bagages on sort de l’aéroport qui est à peu près de la taille de celui de St Geoirs 2h plus tard. Malgré la géographie plutôt tropicale il fait 11°C lorsqu’on descend de l’avion. La famille de Marina (une de nos coéquipieres qui est malgache et fait ses études sur Grenoble) vient nous récupérer et après notre premier repas malgache la sieste s’impose d’elle même après 2 nuits trop courtes.
 Le lendemain il faut prendre le taxi-brousse qui descend à Tuléar empruntant la mythique RN7 (une des très rares routes goudronnées). La ponctualité n’est pas vraiment de rigueur puisqu’on devait partir vers 10h et finalement on quitte Tana à 12h30 !! Notre premier repas dans un restaurant malgache est très copieux (composé majoritairement de riz) pour 2600 Ariary ce qui représente un petit plus d’ 1 euro. La nuit tombe très tôt sous ces latitudes, en cette saison, en effet à 18h il fait nuit noire. Nous arrivons à Tuléar vers 9h30 après 21h de trajet et 936km. A la descente du taxi brousse on se fait accoster par des chauffeurs de taxi et des pousse-pousses. Repos et brève visite de la ville, le lendemain on part pour Saint-Augustin avec le taxi-brousse quotidien, on arrive à St Augustin 2h plus tard.
Le terme taxi-brousse regroupe tous les véhicules, ceux en meilleur état sont ceux de la zone nationale qui relie Tana à Tuléar, ce sont des minibus japonais de 15 places et les japonais étant réputés pour être relativement petits, il y a peu de place pour les jambes ! L’ambiance est garantie puisque les chauffeurs diffusent de la musique malgache, française et internationale. Le taxi brousse faisant la liaison Tuléar St Augustin est plutôt un gros camion sans vitre avec des bancs en bois où les poissons côtoient les poulets !
 
Marché de St Augustin
 
 A Saint Augustin, nous logeons dans une auberge dont les bungalows sont des huttes Vezo. Les Vezos sont le peuple pêcheur originaire de la région de Tuléar. Nous rencontrons Madame Juliette qui est la sage femme du centre de santé de base de niveau II. L’offre publique de santé est organisée en centre de santé de base de niveau I qui comporte une sage femme et une infirmière, le niveau II dispose d’un médecin d’état et d’une sage femme. Les hôpitaux de district niveau I n’ont pas de service de chirurgie contrairement à ceux de niveaux supérieurs. Le dispositif public est complété par une offre privée, assurée par des missions religieuses et différentes ONG.
Centre de santé de base II de St Augustin
 
Nous rencontrons également le docteur Jean Aimé médecin d’état et responsable du centre, il nous permet d’assister à ses consultations nous explique le fonctionnement du centre. Nous avons pu aussi observer une campagne de vaccination (BCG, Poliomyélite et Diphtérie Tétanos Coqueluche Hépatite B). A St Augustin et villages alentours la couverture vaccinale des jeunes enfants est très bonne, (proche de 100%) ce qui est très positif pour l’avenir.
 La personne avec qui nous travaillons s’appelle Suzanne, elle est responsable du centre Loharano créé par Madavelona, une association de retraités basée sur Voreppe. Ce centre met à disposition de ses adhérents médicaments, moustiquaires, Sur’eau (décontamination de l’eau) à faible coût ainsi que des préservatifs gratuits. Le centre dispose aussi d’une petite bibliothèque composée de romans et de livres scolaires. Suzanne organise chaque jeudi matin une réunion de sensibilisation auprès des adhérents du centre Loharano sur des thèmes aussi divers que la prévention antipaludéenne, anti VIH, la réhydratation d’un enfant, la décontamination de l’eau, le lavage des mains, l’utilisation des latrines… La collaboration entre Suzanne et notre association se situe au niveau de l’achat de médicaments (les besoins sont définis avec la sage femme et Suzanne, les médicaments sont achetés à Tuléar), de Sur’eau, de moustiquaires, de dentifrices, de brosses à dents, de préservatifs, de savons et de livres. Depuis quelques années le transport de médicaments même dans le cadre associatif a été interdit afin d’éviter trafics et contrefaçons, nous avons donc acheté les médicaments à Tuléar dans une pharmacie « sure ». Notre travail consiste également à former Suzanne pour les réunions au fur et à mesure des années, cette année nous avons apporté des thèmes sur la fièvre de l’enfant (sur lequel nous avons fait des panneaux explicatifs), la contraception, le cycle de la femme et le SIDA. Suzanne a une personnalité hors pair elle rend ses réunions très vivantes pour que le message passe mieux et soit intégré plus rapidement.
 A St Augustin nous avons fait une promenade en pirogue dans une mangrove, nous avons vu des oiseaux, des lémuriens et admiré le coucher de soleil sur la mer ; à ce moment là, la misère que nous avons pu voir durant la journée s’efface un court instant au profit d’un moment magique !
 
Le village de Sarodrano
 
 En fin de semaine nous sommes allées à Sarodrano qui se situe à 1h30 en pirogue de St Augustin afin de lier l’utile à l’agréable. A Sarodrano nos contacts sont Manjaka et Anta qui gèrent une auberge et ont créé une association malgache Mahavelona, les cotisations permettent aux membres de bénéficier de premiers soins pour des plaies mineures qui peuvent dégénérer sans prise en charge simple comme un nettoyage à la Bétadine et un pansement. Les touristes visitant l’auberge peuvent aussi laisser aux soins d’Anta leur surplus de médicament. Anta a reçu une formation par nos prédécesseurs concernant le soin des plaies, la conservation et le tri des médicaments. Les médicaments gardés à Sarodrano sont des médicaments sans effets secondaires dangereux, c’est-à-dire des anti-diarrhéiques, des antalgiques, des collyres… Cette année nous avons vérifié la date de péremption des médicaments, continué la formation d’Anta et réapprovisionné le stock de sets de pansements stériles (le village étant petit et l’association modeste, 20 sets suffisent pour un an). Lors du tri des médicaments nous sommes tombées sur une colonie de cafards, des fourmis avaient attaqué les plateaux de pansement stériles qui du coup ne l’étaient plus !! Nous décidons de revenir 10 jours plus tard avec un insecticide afin de traiter ce problème à la française ! Le retour en pirogue sur St Augustin est une fois de plus magnifique. Puis il nous faut quitter St Augustin, et dire au revoir à nos hôtes mais à peine parties nous nous promettons de revenir !
 
Rizière à Bezaha
 
 La deuxième partie de notre périple se déroule à Bezaha. Bezaha se situe dans les terres et jouit de résurgences de sources d’eau chaude, l’eau y est donc abondante et potable au robinet ! On y accède par 5h de taxi brousse sur des pistes chaotiques. A Bezaha notre contact est Guy Cremmel, un français installé à Bezaha depuis une douzaine d’années. Guy est un éducateur spécialisé à la retraite qui a créé le CEAT de Bezaha. Ce CEAT comporte un orphelinat et une auberge il permet aux handicapés d’avoir une activité professionnelle. Grâce à Guy nous avons rencontré le docteur Mohamady qui est le chef du service de chirurgie de l’hôpital de district de niveau II de Bezaha. Sur Bezaha nous aidons financièrement l’hôpital pour la construction d’une clôture dans un premier temps, puis d’une morgue et d’une buanderie. Mais nous apportons aussi du matériel médical tel que des sets de pansement, des compresses stériles, des tubulures de perfusion, des stéthoscopes ou encore des brassards à tension… Nous avons pu assister à des interventions chirurgicales notamment une césarienne et constater que les procédures d’hygiène sont nettement plus légères que dans nos hôpitaux, en effet nous sommes entrées dans le bloc en tongs et cheveux lâchés !
Au bloc opératoire à Bezaha
 
Mais notre action à Bezaha se situe aussi au CEAT, où nous avons apporté des dentifrices, des jouets et fait une formation aux éducatrices des enfants handicapés sur l’hygiène ainsi que sur de la mobilisation basique des membres paralysés (nous avons suivi une formation avec une kiné avant de partir J ).
 
 De Bezaha nous sommes parties pour deux jours à Belamoty qui se situe plus loin dans les terres à 2 heures de taxi brousse dans les conditions normales. Nous devions partir vers 13h, à 16h on part enfin, en effet il a fallu attendre que le taxi brousse soit plein, c’est-à-dire 29 personnes (dont 9 enfants) dans une Peugeot 404 bâchée avec 3 bidons d’essence, des poulets et une roue de secours ; bref nous étions quelque peu serrées !! Rapidement la transmission lâche, on pousse la voiture jusqu’au prochain village heureusement les téléphones portables sont assez répandus et en attendant la seconde 404 nous sommes l’attraction du village en effet pour la plupart des enfants c’est la première fois qu’ils approchent un vazaha (= étranger) d’aussi près !
La 404 en panne
 
Nous repartons vers 18h, il fait déjà nuit et nous nous resserrons à 29. Après nous être allégés en passagers à chaque village, on arrive (enfin !) au couvent des sœurs de Belamoty vers 20h. La nuit est déjà bien installée et les sœurs étaient prêtes à se coucher. On leur explique qui nous sommes mais elles n’ont jamais entendu parler de nous, en effet Sœur Marie Raphaëlle qui est notre contact, était en Europe pour son jubilé et les sœurs restent rarement plus d’un an au même endroit ! L’hospitalité des sœurs étant légendaire elles nous préparent à manger, nous montrent où dormir et pendant le repas on leur explique le but de notre venue. Le lendemain matin, nous visitons le dispensaire et rencontrons le docteur Marie-Odile à qui les équipes précédentes ont donné un stéthoscope et des brassards à tension. Sœur Marie Raphaëlle étant absente nos projets restent en suspens, on devait aider au financement d’un bâtiment supplémentaire réservé aux tuberculeux dont le nombre ne cesse d’augmenter. La tuberculose n’est pas en rémission contrairement aux idées reçues, elle devient même résistante aux antibiothérapies classiques. Les fondations de ce bâtiment ont déjà été creusées, nous avons donc décidé de ne pas donner l’argent prévu tout de suite mais nous effectuerons un virement pendant l’année en accord avec Sœur Marie Raphaëlle.
 
Le dispensaire des sœurs de Belamoty
 
 Nous rencontrons ensuite le responsable des CVA (conseils villageois actifs). Les CVA sont des groupes de bénévoles qui organisent des réunions de sensibilisation aux sujets de santé à Belamoty et aux alentours, nous avons financé l’achat de vélos afin que les bénévoles puissent voyager plus vite, ils nous demandent de préparer des sujets sur les maladies infectieuses de l’enfant notamment la rougeole et la varicelle. Le retour vers Bezaha est beaucoup plus calme en effet le taxi-brousse est moins chargé et on ne fait face qu’à une crevaison !
 
 Nous restons encore quelques jours à Bezaha et nous nous promenons dans les environs en charrette à zébus puis en pirogue nous allons vers une distillerie artisanale de rhum. On observe les différentes étapes de fabrication et on ramène quelques litres.
 
Pousse-pousse à Tuléar
 
 Déjà près de trois semaines ont passé, et nous repartons vers la côte après les 5h de taxi-brousse réglementaires vers Tuléar. A chaque transit par Tuléar nous sommes obligées de dormir sur place car les taxis brousse partent uniquement le matin. Cette fois ci, nous logeons à Sarodrano chez Manjaka et Anta. Le but de notre deuxième passage est de débarrasser l’armoire à pharmacie de ses habitants à six pattes, mais nous profitons aussi de la plage et du soleil d’autant que les nouvelles de France rapportent un temps plus que mitigé ! Le jeudi nous retournons à St Augustin pour assister à une seconde réunion de Suzanne où il y a nettement plus de monde que deux semaines auparavant, la réunion est toujours aussi vivante et intéressante même pour nous qui ne comprenons pas le malgache, à la fin de la réunion nous avons droit à de touchants remerciements de la part de l’assistance.
 
 Notre voyage touche à sa fin, et nous décidons de faire une halte à Ambalavao, à mis chemin entre Tuléar et Antananarivo. Nous partons de Tuléar dans la matinée, le départ était prévu à 9h avec un rendez-vous à 8h, on a décidé de se mettre à l’heure locale en arrivant à plus de 8h30, mais une famille nous a battu en arrivant à plus de 9h ! Sur la route nous profitons du paysage notamment lorsque nous traversons le parc national d’Isalo. Nous arrivons à Ambalavao à 18h et le lendemain nous avons visité le petit parc naturel d’Anjà en une ballade de 2h pour voir des lémuriens qui sont peu farouches. On a aussi pu assister à la fabrication de papier Antaimoro une curiosité du lieu.
 
 
Un lémurien à Anjà
 
 Vers 18h le soir même nous repartons vers Tana, malheureusement nous n’avons pas pu profiter du paysage la nuit étant déjà bien installée. Vers 5h30 nous arrivons à l’immense stationnement des taxis brousse de Tana il faut maintenant trouver un hôtel bon marché qui nous acceptera à cette heure sans supplément, le deuxième est le bon ! Nous avions prévu une marge de 3 jours avant notre vol pour anticiper d’éventuels problèmes de taxi brousse, durant ces trois jours dans la capitale nous visitons la ville haute, l’avenue de l’indépendance, les marchés et nous achetons des souvenirs pour nos amis et familles. Dans la rue les gens essayent de nous vendre tout un tas de souvenirs, les femmes portent leur bébé dans le dos et nous disent qu’elles manquent d’argent pour nourrir leur enfant, cette misère nous fend le cœur et nous achetons leurs épices. La misère est beaucoup plus perceptible en ville car les disparités sont très importantes alors que dans les villages reculés tout le monde est logé plus ou moins à la même enseigne, de ce fait je pense qu’ils souffrent peut-être moins de leur condition.
 
Je souhaite remercier la mairie de Revel qui a soutenu mon projet.
 
Cécile Chapuis.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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